Curieux journal inédit d'un jeune bourgeois de BLAIN
Le savant Louis Bizeul (1785-1861)

Son oeuvre, ses hautes relations.  Célèbres visites
 

Louis Bizeul nota dès sa jeunesse, les événements marquants d'alors, sur des carnets et cahiers conservés aux Archives Départementales de Loire-Atlantique; c'est une source précieuse d'où nous avons tiré l'essentiel; c'est tout un film sincère, objectif qui nous fait parcourir Blain sous Napoléon 1",Ia Restauration,  Louis Philippe et Napoléon 111.

Le mémorialiste est né à Blain en 1785, de Jacques Bizeul, notaire et archiviste des Rohan, et de Marie Gautier qui vivra jusqu'en 1843.  La famille était attachée aux princes de Rohan depuis longtemps et elle connaissait toute l'histoire du château de Blain comme celle des hôtes : affaires de religion, de batailles, de cour.... tout leur était familier.

Le journal de notre héros devient parfois un « livre de raison », relatif à des plantations, a des améliorations de fermes, à des récoltes de raisins ou de pommes.

SUITE D'ÉVÉNEMENTS

1803, Bonaparte s'apprête à devenir Napoléon I°

20 thermidor an XI. - J'ai fait une partie de baignade à la mer, en compagnie de quinze personnes toutes gaies.  Dans ce nombre sept femmes dont deux très jolies.  Le soir, sur la plage, la cabane était incapable de nous loger pendant la nuit; nous dressâmes en plein air une tente où nous couchâmes pêle-mêle sur de la bonne paille fraîche; nous ne dormîmes pas beaucoup.
Le lendemain matin la mer étant grosse, nous fûmes obligés de soutenir ces dames qui avaient peur d'être entraînées par les vagues.  Ma compagne avait le coeeur qui battait fort sous sa mince enveloppe. Une fois que l'eau eût collé sur son corps, le léger vêtement qu'elle avait gardé, je pouvais à loisir contempler ses formes et son galbe.

1804.  La vigne de famille a produit huit barriques, et nos vergers de la Turotais trois barriques de cidre.

1805.  J'ai vu abattre la charpente de la Tour de l'Horloge, du château de Blain, propriété de Monsieur de Janzé.

31 août.  Voyage à Clisson, avec mes camarades Groleau, Maussion, Jousset, Peltier... Nous avons admiré d'une part les ruines féodales et d'autre part la ville reconstruite par les frères Cacault; nous avons passe quatre heures en leur riche musée de peintures établi à la Garenne.

Octobre. l'ai tiré à la conscription le numéro 7 à Savenay et de la sorte je serai exempt de service.

15 décembre.  Mort de Charles Ragaud père, chirurgien à Blain où il était né en 1750; il avait joué un rôle important pendant la Révolution avec Drugeon, Rochedreux, Bessejou, comme administrateur de District.  Les trois fils sont de bons camarades.
 

VACANCES A FAY - LES PERRIÈRES

1806, séjour de vacances à Fay, au « Chêne des Perrières », c'est le château de ma soeur et de mon beau-frère Pierre Gergaud, locataires des Barraud.
Nous sommes allés plusieurs fois à la chasse dans les bois du Thiémay et de la Mordelais.

Je vais bientôt suivre les cours de l'Ecole de droit à Rennes, faits par Toullier et Loysel.

Le 23 septembre, j'assiste à Fay, au mariage de Fanny Berthou du château de la Violaie avec Isidore Charette de Thiersent.  Au bal, j'ai dansé surtout avec Sophie Vauguérin de la Rivière, châtelaine de la Mordelais.

J'ai passé de bons jours chez ma soeur en ce « Chêne des Perrières » qui vient d'être reconstruit. On a plaqué sur la façade des médaillons représentant les saisons et la tête de l'Empereur.

1806-1807, j'étudie à Rennes, et ce premier juin j'ai subi avec succès les épreuves du bac.

Le 20 août, je suis revenu en vacances à Blain avec Blanchard de la Brosse, Jollan de Clerville et les frères Ragaud.  Nous avons fait la route à pied.

Le 1° septembre, visite à la Cineraie-en-Vay, chez les Barbier de Place, famille de marins inquiétés pendant la Révolution.

Le 13 septembre, séjour à Nantes.  J'ai vu jouer l'artiste Potier avec Madame Ferville, ce fut un triomphe.  Le 25 septembre je suis parti de Nantes pour retrouver à Machecoul et à Challans mes condisciples Petiteau, Tronson et Béthuis.  J'ai dîné chez M. Vigneron de la Jousselandière, oncle de Béthuis et j'ai connu mademoiselle Petiteau, jeune personne fort aimable avec qui j'ai dansé.

Le 8 octobre de retour à Blain, j'ai assisté à une bonne partie de chasse au château de Pontpiétin chez les d'Havelooze,-successeurs des Montigny de Sarrant.

Le 2 novembre, rentrée à l'Ecole de droit, je vais bien travailler afin d'être avocat le plus tôt possible.
 

PRÈS DE L'EMPEREUR

1808.  Au début de juin j'ai été nommé Commissaire de la Garde d'honneur à cheval, en vue du passage de l'Empereur en Bretagne.

28 juin, dîner chez M. de La Bourdonnaye de Blossac, maire de Rennes.
 

Le 1° août, je rentre à Blain avec Tronson, Groleau, Jousset, Auvynet, Maisonneuve, et nous avons chanté tout le long de la route.

3 août 1808, je me rends à Nantes.  Le lendemain visite comme membre de la Garde d'honneur, à Piter Deurbroucq, colonel, à de Celles, préfet, à Bertrand-Geslin, maire, à Montaudouin, chef d'escadron et de Monti, chef de bataillon.  Le soir, grand dîner dans le jardin de l'Hôtel de Ville.

Le 6 août, je me suis présenté à la Mairie pour les affiches de mon mariage avec Mademoiselle Léonice Hérault.

Le 9 août arrivée à Nantes de Napoléon, Empereur et de 1'linpératrice, à trois heures du matin. le 10 août, grand bal.  Le 11 tous les membres de la Garde d'honneur de Rennes, avons été présentés à l'Empereur.  Je l'ai vu de très près pendant environ dix minutes, il était vêtu très simplement; son air était gracieux et affable.  Je vis aussi dans l'antichambre l'ancien général Berthier, ministre de la Guerre, actuellement prince de Neufchâtel, puis le duc de Frivul, le maréchal Duroc et le- mameluck favori de l'Empereur.
Napoléon partit le même jour, vers une heure de l'après-midi, en direction d'Angers, avec arrêt au château de Sérant, chez les Walsh.

Le 30 août j'ai épousé Léonice Hérault, fille de Pierre, notaire à Nantes, et de Louise Ricard.
(La vie de garcon de Louis Bizeul était terminé.  Au total il avait été sage, très studieux.  De vieille bourgeoisie campagnarde, il s'est rallié tout naturellement l'Empire, comme il se ralliera à tous les régimes.  Il a 23 ans, riche et bien marié, il allait devenir notaire à Blain et un certain avenir politique et littéraire l'attend).
 

APRÈS LE MARIAGE, 1808

Le 22 septembre 1808, j'ai réuni à Blain mes amis Tronson, Groleau, Jousset, Maisonneuve, Bruneau du Souchais, Lelasseur, Baudouin, tous gradués en droit, puis Pierre Boulet, officier de marine et Colin, de l'industrie des conserves.

Le 4 février 1809 et le 24 mars, j'ai passé mes deux examens de licence et j'ai quitté Rennes le lendemain en diligence.  Au retour à Blain j'ai eu la joie de retrouver mon ami Jégo qui était aux armées depuis quatre ans.

Ma femme a recu son amie d'enfance  Clémentine COUSTARD DE MASSY, camarade de pension de ma soeur.  Son père député de Nantes l'ut guillotiné comme Fédéraliste en 1793.

Le 23 mai naissance de Louis, issu de mon mariage avec l,éonice.

Le 13 juin à BIain, j'ai porté le dais pour conduire Monseigneur Duvoisin de la cure  à l'église, avec Jeffredo, maire, Jolland de Clerville et Couëtoux.

Le 4 juillet, je suis allé à Rennes présenter ma thèse à M. Àubrée, doyen de la Faculté de droit, elle va être imprimée et je serai avocat.

l,e 18 septembre, j'ai été élu Conseiller Général et je suis suppléant du Juge de Paix, M. Couëtoux de La Touche.
1810.  Le vicomte de Janzé, propriétaire du château y a séjourné.
J'ai été agréé pour la place de notaire, en remplacement de Jean-Marie Boudier, décédé.  Son père Jean-Paul Boudier avait été commissaire du district de Blain en 1799-1800.

8 juin 1811, ma Léonice accouche d'un second fils Sévère.
Le 9, grand dîner à la mairie de Blain, présidé par Jeffredo, maire, en l'honneur de la naissance du Roi de Rome.  Grand bal la nuit au château.
30 mars 1812, grande chasse dans la Forêt du Gâvre avec Michel de La Morvonnais, Lorois de Redon, Collin et Peccot de Nantes, sous la direction de Castaing, inspecteur des eaux et forêts.

Le 10 octobre, 400 prisonniers espagnols sont arrivés an château d Blain; ils vont travailler au canal de Nantes a Brest, diriges par Cottin de Melleville et Rapatel ingénieurs.
 

CANAL DE NANTES A BREST

1° mars 1813.  J'ai vu les importants travaux du Canal à Héric et à Vioreau; travail gigantesque entrepris afin d'assurer une navigation intérieure non contrôlée par l'Angleterre.

Le 6 mai, je suis allé à Nantes, au théâtre Graslin; la nouvelle salle est rebâtie et l'inauguration a eu lieu.
Le 14 juin, mariage de mon ami Edouard Bruneau du Souchais avec Pamélia Chevillard.

Lelasseur du Ranzay va épouser mademoiselle d'Havelooze, de Pontpiétin.

Le 20 octobre, je suis retourné à Graslin entendre l'artiste TALMA; mon ami Camille Metlinet, journaliste a eu une longue conversation avec lui.
Les soirées continuent à Blain, chez Rapatel, Jollan de La Bavière, l,andays de Rielière, d'Havelooze, et chez moi.  Jamais Blain n'avait eu des salons aussi animés.

Le 17 janvier 1814, j'ai fait « tirer » les jeunes gens de Blain; il a eu du tumulte, on est las des guerres impériales.
 

CHUTE DE NAPOLÉON I°

Le 10 avril 1814, la paix a été annoncée.  Avenement au trône de Sa Majesté Louis XVIII, aux cris de « vive le roi ». Bal le soir chez Landavs de La Relière.  Le 12, le drapeau blanc a été hissé sur l'église de Blain.  Le 21 mai et Mme de Janzé sont arrivés au château de Blain.

Le 16 juin je suis allé au théâtre Graslin où j'ai vu mademoiselle Georges dans « Gabrielle et Vergy » , elle a été très applaudie.  Elle a joué également dans « Phèdre »-et « Iphigénie ».

Le 26 juin, dîner chez Delfaut, notaire à Nantes, avec M. de Barante, préfet et écrivain.

Le 2 juillet à Nantes, j'ai vu l'arrivée de S. A. Monseigneur le DUC D'ANGOULÊME, à 15 heures, accompagné du duc de Guiche et du comte d'Escars.  Il avait dans son entourage : de Bruc de Livernière, Suzannet, Lyrot de La Patouillère, Cambout de Coislin . Le lendemain, j'ai eu l'honneur de lui être présenté comme premier adjoint de la mairie de Blain.

Le due d'Angoulême a visité l'usine d'Indret.

Octobre.  Partie de chasse en forêt du Gâvre, Peltier a tué une orfraie aux ailes énormes.

Le 12 janvier 1815, grande soirée chez madame Jollan de Clerville et le lendemain chez Landays de La Rielière et de La Cadinière où j'ai rencontré mon ancien camarade d'enfance Pigeaud de La Bellière, capitaine de lanciers.

10 mars, nous avons appris à Blain le débarquement de Bonaparte; il est rentré à Paris le 20. Ce retour a été fêté à Nantes, au théâtre Graslin.  Les spectateurs à la rentrée de l'Aigle que les militaires du 61' avaient conservé, ont prolongé les applaudissements par les cris de « vive l'Empereur ».

Le 23 mai, la division de l'Armée royaliste, commandée par le comte de Coislin du château de Carheil-en-Plessé, est entrée à Blain, et le drapeau tricolore a été arraché et mis en pièces.

Le 24 juin, à Nantes, j'ai appris la défaite de Waterloo.

Hiver de 1815.  Les dîners et bals ont repris.  M, Denis est arrivé à Blain, chez M. Rapatel; il a voyagé au Brésil, c'est un Nantais très instruit.

Juillet et aoùt 1816.  M. Diibuisson, ami d'Athénas et de inoi-même, conservateur du Muséum est venu à Blain pour ses recherches et il y passera les vacances.  Avec Athénas je me suis préoccupé des voies romaines passant à Blain.

(C'est en cette étude que Louis Bizeul devait alors se distinguer; et attirer l'attention sur Blain et environs; la ville devint un véritable centre culturel, actif; un rendez-vous de chercheurs et de gens cultivés).
 

LES RELATIONS DE LOUIS BIZEUL

Les relations de Louis Bizeul s'étant étendues tant en affaires qu'en science historique, il prenait contact avec de hautes personnalités.

Très régulièrement, il suit les Congrès des Sociétés Savantes en différentes villes et il y prend la parole.  Il écrit avec l,evot et Ogée fils des quantités de notices sur les lieux et notabilités de l'ouest.

Au Pays Nantais, il est en relation constante avec l'amiral Halgan, ami personnel de Jérôme Bonaparte, avec Duigast-Matifeux, Benjamin Fillon, avec Guépin, FéIix Fournier, Emile Souvestre et Camille Mellinet, le directeur du journal « Le Breton ».
 

VENTE ET D'ACHAT, CONCERNANT LES GRANDS DOMAINES DE LA REGION

Tout naturellement il note dans son « journal » personnel les grosses affaires de vente et d'achat, concernant les grands domaines

Carheil, en Plessé, passe des Coislin, au Prince de Joinville, frère du duc d'Aumale, détenteur de Châteaubriant avec les l'or ts.

Buhel,en Plessé retraite des dues de Coislin ruinés.

Quéhillac,en Bouvron,  qui passe des Fourché aux Walsh de Serrant.  La Grâcinais vendue et morcelée par les du Chaffaut qui la tiennent des du Guiny.

Bizeul possédait lui-même, une maison de campagne à La Redelais en Saint-Emilien de Blain.

Quand il séjournait à Paris, soit chez les Coislin ou chez les de La Haie-Jousselin, députés, il se rendait aux Archives et à la Bibliothèque Nationale.

On est surpris de constater tous ses déplacements : Rouen, Strasbourg, Lyon, Bordeaux.... il déployait une activité étonnante.
 

Suivons son journal toujour bref et précis

- Juillet 1842, Mgr de Hercé est venu à Blain une première fois, je l'ai guidé dans la ville.
- 14      J' ai appris la mort du due d'Orléans, à la suite d'un accident de voiture.
11  octobre, le prince de Joinville est arrivé à neuf heures du matin au château de Carheil; il était en compagnie de M. de La Haie-Jousselin du château du « Fond des Bois », en Derval.  Le prince est monté sur la jument de mon fils Sévère et il a parcouru le pare avec nous, en écoutant toutes nos descriptions.  Puis il est parti seul, au galop, en direction de Saint-Gildas des-Bois; il voulait découvrir les environs.  Il est revenu pour midi et demi à Carheil, nous avons déjeuné, et il est reparti pour Nantes à 15 heures.
 

LES FILS DE LOUIS-PHILIPPE EN LA RÉGION

La marquise douairière est allée se reposer au château de Quéhillac en Bouvron, où elle se trouve plus tranquille qu'à Carheil, car les pourparlers de cette vente lui font deuil; elle avait tout fait pour garder ce domaine. 16 octobre, une lettre du marquis de Coislin nous apprend la vente définitive de Carheil moyennant un million cinq cent mille francs.
Le chagrin de Madame sa mère est grand; c'était une Charette qui n'abandonnait ses biens et leurs privilèges qu'à regrets.  Une bonne partie des meubles a été cédée au Prince de Joinville; le reste sera vendu aux enchères ou transporté au manoir de Buhel, en Plessé.  J'ai réussi à fournir un beau salon Louis XVI avec fauteuils, à mon ami Camille Mellinet pour 800 francs.

30 octobre, Messieurs Chardon et Baudot, inspecteurs de la Forêt du Gâvre, sont venus prendre possession de la terre de Carheil au nom du Prince de Joinville qui sera désormais voisin de son frère le duc d'Aumale, propriétaire des forêts qui entourent Châteaubriant.  Je rassemble tous les titres de Carheil et j'irai les porter à Paris prochainement.
Madame de Coislin toujours triste vient de partir à La Desnerie, chez ses amis les de Sesmaisons.

15 novembre, Lefranc, architecte de Paris est arrivé à Carheil; il dressera le plan des modifications ordonnées par le prince de Joinville; la chapelle sera réparée; une translation des restes des Coislin est prévue, les corps des deux enfeus s'en iront au cimetière de Plessé.

Janvier 1843, mort de mon beau-frère Gergaud; je suis tuteur de ma nièce Désirée.

2 aoùt, mon fils Raymond est licencié en droit.  Sévère achève sa médecine pour s'établir à Blain.

Hiver.  Les dîners et soirées ont lieu chez Jeffredo, Landays, Chiron de Keraly, Jollan de Clerville.
J'ai perdu ma bonne mère Marie Gautier, la doyenne de la région, elle avait 94 ans.  Elle avait bien connu toute la période de la Révolution et elle nous en parlait savamment.  Elle est morte chez ma soeur Marie, veuve Gergaud.

1844, j'ai perdu dans un accident terrible, mon fils aîné Louis Bizeul qui dirigeait notre étude notariale depuis bientôt dix ans.
Sévère a épousé Honorine Dureau, fille d'un capitaine de navire.

Juin.  La gestion des biens de Buhel, Quéhillac, l,évrissac, me prend beaucoup de temps, et cependant je donne des publications en différents bulletins.

1845.  Je suis en relation avec DE CHAUMONT, puis DE BLOIS.  Je vois souvent Jules RIEFFEL, le savant directeur de Grandjouan en Nozay; il publie la revue, « Agriculture de l'Ouest » soutenue par Neveu.  Dérotrie, Adolphe Billault, Bourgault-Ducoudray, Bachelot de La Pylaie.
 

FIN DE LA MONARCHIE DE JUILLET

27 mars 1846, le prince de Joinville est passé à Blain à 10 ' h. 1/12 pour se rendre à Carheil; il est repassé 19 heures du soir pour gagner Lorient.

Avril 1846, je vais à Cluny puis à l'Institut, j'ai rencontré de Caumont, Monmarqué, Thiolet, Paulin Pâris.  Je rentrera en bateau par Orléans, Angers et Nantes, c'est un voyage enchanteur.

Janvier 1847, mon fils Raymond a épousé Emilie Jeffredo, fille du notaire, alliée aux Desmazures, Jollan, Roland de Lisle et Pineau de Montnoël.  Raymond est Juge de Paix du canton.

1848, je suis en relation avec le docteur Ange Guépin, devenu Préfet, et ami à Paris de Caussidière, Garnier-Pagès, Ledru-Rollin.

Je suis allé à l'Assemblée Constituante, écouter les députés.  J'ai vu à Paris : le général Bedeau, Lamoricière, Ferdinand Favre, Waldeck-Rousseau et Victor Lanjuinais.

(1849.  Louis Bizeul est en correspondance avec Benjamin Fillon alors à Frossay, chez son oncle le docteur David.  Il voit à Nantes les deux frères Guéraud, libraires et de plus en plus il se fera imprimer chez eux.  Bizeul remet au Musée d'Archéologie le portrait de Gérard Mellier trouvé chez les de Coislin, puis il fait encadrer chez Baudoux le portrait du cardinal Coislin et celui de Colbert.)

La famille Guéraud séjourne à Blain, chaque été, et des projets sont faits avec Bizeul pour la mise sur pied de la « Revue des Provinces de l'Ouest » qui durera le 1853 à 1858.  Bizeul fut l'un des principaux rédacteurs avec, Dugast-Matifeux, Fillon, Marehegay, Eugène Talbot; c'est une précieuse mine de renseignements.

A partir du coup d'Etat du 2 décembre 1851, il n'est plus question des deux fils de LouisPhilippe qui avaient tenté de redonner du prestige aux régions de Blain et de Châteaubriant)
 

BONAPARTISTES

1852-53, le fils Bizeul, médecin était ami du docteur PIERRE AUBINAIS de Vue; celui-ci était par son beau-père le docteur Rouillard en étroite relation avec Jérôme Bonaparte, oncle de Napoléon 111.  Ainsi les liaisons de famille Bizeul variaient avec les régimes.  Le docteur Aubinais, zélé Bonapartiste se faisait le dispensateur des faveurs impériales au Pays Nantais. Il s'entretenait avec Jérôme pour faire obtenir la Légion d'honneur à Louis Bizeul qui la méritait d'ailleurs largement.
A cette époque les Janzé décidèrent de vendre le château de Blain.  On parla du rachat par le petit-fils des Rohan, celui qu'on appelait le Prince et qui vint visiter le domaine.

Nantes 1854, le libraire Guéraud prévient que le Prince viendra à la librairie entre 9 heures et 10 heures, veuillez donc vous joindre à M. de La Borderie qui sera là aussi.

15 mars 1854, le prince de Rohan visite le château de Blain, puis il est venu chez moi, mais les pourparlers n'ont pas abouti.

19 août 1858, j'ai été présenté à l'Empereur Napoléon III, à la Préfecture de Rennes.

En ces mêmes temps, le Préfet de Loire-Inférieure, HENRI CHEVREAU est devenu ami personnel de Louis Bizeul.  La décoration de la Légion d'honneur semble résolue.  Le Préfet avait noté : Louis Bizeul est un des hommes les plus distingués de mon département.  Non seulement on s'incline devant sa valeur scientifique et littéraire, mais aussi devant son dévouement désintéressé dans des fonctions gratuites.  Il fut le premier lauréat de l'Ecole Centrale de Nantes en 1802, Membre de la Société Académique en 1821, Membre de la Société Polymathique de Vannes en 1825, de la Société des Antiquaires de France en 1840.

Suivait toute une liste de ses publications.

Sans aucun signe précurseur, Louis Bizeul fut pris de congestion en mars 1861 et il mourut subitement à l'âge de 76 ans.

Outre son oeuvre imprimée, il a laissé en manuscrits : une histoire de Blain; une de Plessé; puis des quantités de pièces rares : lettres d'Anne de Bretagne, de Charles VIII, de François 1°, d'Henri IV et de sa cousine devenue dame de Rohan.  Et quantité d'autres documents relatifs aux XVII' et XVIII° siècles.

Le fonds Bizeul tel qu'il est à la Bibliothèque Municipale et aux Archives Départementales, constituerait à l'heure actuelle, une véritable Fortune pour la famille.

D'après Alfred  GERNOUX. Dans "Les annales de Nantes et du Pays Nantais  1° Trimestre 1973"
 

Le prince de Joinville est le 3°fils de Louis Philippe
Le duc d' Aumale est le 4°fils de Louis Philippe