Perrine COUËRON mon ancêtre   (1730-1795)

La généalogie, en remontant l'histoire de sa famille au gré des générations, permet d'ouvrir un livre d'histoire locale qu'il est interressant de croiser à celui de l'histoire plus "générale" telle qu'on la perçoit au travers de l'enseignement notamment.

Ainsi, Perrinne COUERON, mon ancêtre, connut un tragique destin qui la conduisit dans les geoles nantaises de la révolution où elle mourut vraisemblablement d' épidémie.

Au village du Bezou, c'est chez elle que fût arrêté Nicolas CORBILLE vicaire de la paroisse depuis plusieurs années, prêtre réfractaire qui continuait à exercer dans la clandestinité.

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Dans les années 50, l'abbé Pierre ROBERDEL écrivit le scénario de "Monsieur Corbillé, martyr bouvronnais de la révolution"

Plusieurs représentations sont données par la troupe théatrale St Sauveur dans la nouvelle salle Ste Thérèse. Les 2 illustrations de cette page sont des photos de cette représentation.

Remerciements à Pierre ROBERDEL "Bouvron au cours des siècles" 1988  et à Jean SURGET "La rivière des castors -histoire illustrée de BOUVRON"  1994

        

L'abbé Pierre ROBERDEL dans son livre "BOUVRON au cours des siècles" (1988) nous décrit l'arrestaion de l' Abbé CORBILLE

" A Bouvron où se cachait un prêtre réfractaire très actif. La cure, qui était située à son emplacement actuel, fut le lieu de cantonnement d'un détachement du cinquième bataillon des Volontaires de la Manche. Bien que Bouvron fût tout entier acquis à la cause de l'abbé Corbillé, il s'y trouva néanmoins un judas pour le dénoncer ... Peut-être tenté par une prime.

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Le 24 avril 1794, le commandant du détachement, un sieur Maret, reçut l'ordre de perquisitionner au Bezou, surtout dans la maison de la veuve Guitton. C'était l'heure de midi et la mère Guitton préparait le repas pour elle et sa fille et il y avait trois carpes dans la poële ... une de trop. On trouva dans la maison un homme dissimulé entre deux murs. Les deux femmes affirmèrent que c'était leur domestique. Confronté avec les voisins, quelques uns affirmèrent que c'était bien le domestique, d'autres qu'ils ne connaissaient pas cet homme.

      

 

Peu convaincu, Maret fit fouiller la maison à fond et trouva quelques vêtements enveloppés dans une serviette et une redingote dans un panier. Les volontaires aperçurent, dans une assiette ébréchée, une dizaine de biscuits au beurre et des pommes reinettes dont-ils se régalèrent. Le porte-monnaie de la veuve ne contenait rien de suspect : seulement des assignats. Néanmoins, le commandant déclara la paysanne en état d'arrestation ainsi que sa fille et son domestique.

Il conduisit ses trois prisonniers au siège de la municipalité de Bouvron où se trouvaient trois officiers municipaux qui n'ignoraient rien de l'affaire. Tous les trois reconnurent dans ce domestique Nicolas Corbillé, prêtre et ci-devant vicaire de la paroisse.

On procède à l'interrogatoire du prévenu qui ne donne que de vagues réponses mais demande à se confesser à un prêtre assermenté. Il ne peut réclamer l'aide d'un prêtre réfractaire sans le dénoncer et le faire condamner à mort. D'ailleurs c'est un point de théologie toujours admis :,en cas de danger de mort, on peut demander l'absolution de n'importe quel prêtre validement ordonné, même s'il a renié son sacerdoce et dévié dans la foi. Mais les prêtres assermentés sont rares et presque aussi maltraités que les prêtres fïdèles, s'ils ne brûlent pas leur lettre d'ordination, pour s'engager si possible dans le mariage.

C'est ce que fait l'abbé Jourdan, curé de St Etienne de Montluc qui défroque et se marie, en 1794, avec une femme divorcée.

On décide que l'abbé Corbillé serait conduit à Savenay. Il attend la décision dans la cour du presbytère ... qu'il connaît bien. Il demande la permission pour un besoin naturel. On la lui accorde. Il en profïte pour s'enfuir en escaladant un mur et court à travers le pâtis de la chapelle Saint-Mathurin, en direction du ruisseau de Gautret. Il est rapidement poursuivi et dans son élan pour franchir un fossé, il est atteint par le coup de feu d'un soldat. Il s'écroule blessé et celui qui l'a blessé, jetant son fusil, se précipite sur la victime qu'il saisit par les cheveux et immobilise, non sans recevoir plusieurs coups de poing.

Les autres arrivent et le traînent jusqu'au centre du bourg, près de l'église, et, sans autre forme de procès, on règle son sort. On le dresse, le dos appuyé au mur de la sacristie. Comble de cruauté, on place à sa droite et à sa gauche la mère Guitton et sa fille Marie. Seul le prêtre est visé et s'écroule, consommant son martyre. Les deux femmes sont provisoirement épargnées.

On l'inhume sur place et, plus tard, un calvaire seradressé devant la tombe qui sera recouverte d'une dalle d'ardoise. Quant à Perrine Couëron, veuve Guitton, 64 ans, et à sa fille, Marie Guitton, 28 ans, elles sont emmenées à Savenay (siège du district), puis écrouées au Bouffay à Nantes et, de là, transférées dans quelque hôpital inconnu, infesté de maladies contagieuses où elles moururent de faim et de misère".